A Monaco, des enseignants trop (mal) payés ?
Ou « parce qu’un problème bien posé mène à un progrès »
Le 19 septembre 2022, la Gazette de Monaco publiait un article intitulé “Enseignant, un poste attractif à Monaco“. La journaliste y reprenait un certain nombre de propos émanant de la DENJS, les assortissant de formules toute faites comme “Alors que le pays voisin fait face à une pénurie de professeurs, à Monaco, ils se battent au portillon”.
A la lecture de cet article, l’enseignant monégasque passe pour un nanti, profitant d’un système quasi unique au monde. Mais ce texte n’est en réalité que la retranscription d’une idée qui se diffuse toujours plus dans les diverses strates de l’administration monégasque, parfois chez des personnes très éloignées de la réalité du terrain mais parfois aussi chez certains collègues qui culpabilisent presque à force qu’on leur répète qu’ils ne méritent pas de tels revenus.
Il est donc temps d’analyser le sujet des salaires des enseignants à Monaco, avec une certaine rigueur et en évitant les raccourcis hâtifs sans cesse rabâchés.
Le principal écueil dans lequel il ne faut pas tomber lorsqu’on traite de ce sujet, c’est la comparaison avec les traitements reçus par les collègues qui enseignent sur le sol français. En effet, les salaires versés à Monaco concernent en premier lieu les enseignants de nationalité monégasque qui ont le droit de percevoir un revenu équivalent à leurs concitoyens à niveau d’études égal. Or un professeur qui a passé son concours après avoir obtenu au minimum un Bac+5 ne gagne pas autant que son équivalent dans le reste de la Fonction publique. De plus se pose-t-on la question de savoir si un fonctionnaire monégasque gagne plus ou moins que son alter-ego dans l’administration française ? Certainement pas. Alors pourquoi faire cette comparaison pour les enseignants ?
Il est d’autre part important de comparer les salaires dans des pays à niveau de vie équivalent. Or, l’enseignant monégasque est malheureusement très loin de son collègue suisse ou luxembourgeois par exemple. Dans le Grand-Duché, un professeur du secondaire perçoit en moyenne 101.500 euros par an, alors qu’en Suisse, le revenu médian est de 93.000 euros. On le voit, Monaco se situe loin de ces chiffres, alors que le coût de la vie y est aussi très élevé pour l’enseignant qui y vit.
Ainsi la DENJS a beau jeu de toujours comparer les revenus monégasques à ceux du pays voisin, mais les enseignants détachés par la France ne font que percevoir les salaires payés aux nationaux, dans le pays qui les accueille. Ni plus, ni moins.
On comprend cependant bien l’intérêt d’une telle comparaison : la France est en effet l’un des pays de l’OCDE qui rétribue le moins le travail de ses professeurs, comme le montre ce graphique.