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Des carrières au point mort, à revaloriser

01.02.2023

Depuis 2017, les carrières françaises ont évolué du fait de l’application du protocole PPCR (Parcours Professionnels, Carrières, Rémunérations) qui a grandement modifié les carrières et l’évaluation des enseignants dans un but d’amélioration qualitative et de progression financière. Sans entrer dans les détails, que nous avons par ailleurs déjà traités dans nos diverses fiches, on peut dire que l’ensemble de la profession a alors gagné des points d’indice. Ainsi, depuis 2017, un professeur des écoles ou un certifié classe normale, a obtenu des gains importants ; par exemple : 

  • un débutant échelon 1 est passé de l’indice 349 à l’indice 390 soit + 41 points
  • au milieu de carrière, à l’échelon 6, c’est + 25 points avec le passage de l’indice 467 à 492
  • à l’échelon 11 de la classe normale, l’indice est passé de 658 à 673 soit + 15 points

A ces gains de points d’indice s’ajoutent, en outre, des campagnes de promotion régulières et normées, avec des possibilités d’accélération lors des rendez-vous de carrière aux 6e et 9e échelons, déjà détaillées dans nos fiches.

Pour permettre de nouvelles progressions, la classe exceptionnelle a par ailleurs été créée, débouchant grâce à l’échelon spécial sur une fin de carrière avec des indices plus élevés qu’auparavant (972 pour un certifié ou professeur des écoles contre 783 avant le PPCR ; jusqu’à 1067 contre 963 pour un agrégé).

Ce système a mis fin également aux inspections qui sont maintenant intégrées dans le PPCR avec une partie à remplir lors des rendez-vous de carrière, par l’inspecteur et le chef d’établissement.

Pour des raisons que nous ignorons, probablement économiques, le gouvernement princier de Monaco a décidé de ne pas appliquer ce PPCR.

De cette décision, naissent de nombreux dysfonctionnements que l’on peut lister de manière non exhaustive :

  • L’utilisation de grilles indiciaires, longtemps restées inconnues des personnels, que nous possédons maintenant et qui sont donc similaires aux anciennes grilles françaises sans aucun changement depuis de nombreuses années, face aux gains importants de la grille française PPCR.
  • L’utilisation de points qui seraient attribués par l’administration et par établissement, pour faire évoluer certaines carrières, dans la plus totale opacité sans aucune équité ni justification claire. Ce nombre de points serait limité mais certains collègues semblent bénéficier de promotions données sans limites de points de la part de la DENJS ce qui rend illisible ce système de promotions ou de non-promotions.
  • L’utilisation d’inspections quelquefois pour donner des notes aux personnels dans le cadre du passage à la hors classe, mais pas dans le cadre des passages d’échelons, qui fonctionnent par un système d’ancienneté, choix, grand choix dont on ne saisit pas toujours les critères d’attribution. Les chefs d’établissement donnent ainsi quelquefois des avancées plus rapides en nombre de mois, là aussi distribuées sans motif clair et surtout de manière anarchique. Il y a donc dans les évaluations une séparation légale entre une partie pédagogique assurée par l’inspecteur, et une partie administrative assurée par le chef d’établissement. Dans d’autres cas le chef d’établissement semble assumer les deux parties de l’évaluation ce qui pose dans ce cas un problème de légalité.

Il est à noter enfin que les personnels enseignants n’ont jamais été consultés ni intégrés dans des négociations lors des décisions de non-alignement sur le PPCR en 2017, ce qui est regrettable puisqu’une saine discussion aurait sans doute permis de ne pas aboutir à la situation de mécontentement généralisé actuel.

Le SEM déplore une logique d’économies, destructrice pour l’éducation monégasque qui pourtant fonctionnait jusque-là avec bienveillance et finalement plus de justice. 

Le SEM constate donc que les personnels enseignants de Monaco ont été lésés depuis 2017 et que la décision du gouvernement a été délétère puisque :

  • La majorité des collègues ont vu leur carrière complètement arrêtée et cantonnée à une longue attente dans la plupart des échelons, avançant à l’ancienneté. Certains attendent plus de 5 ans (jusqu’à 7 ans dans la plage d’appel d’accès à la hors classe) dans leur échelon sans aucune évolution.
  • La gestion des carrières a été laissée à l’abandon, aboutissant à la nécessité pour beaucoup de devoir quémander auprès de leur chef d’établissement des avancées de carrière pourtant méritées et qui devraient leur être accordées par simple connaissance de leur dossier et de leurs mérites. Il y a donc de nombreuses injustices, et cela déstabilise les enseignants qui ne connaissent plus leur valeur professionnelle.
  • La création de fiches carrière n’a jamais existé pour les personnels, sauf depuis l’intervention du SEM, ce qui en dit long sur la désorganisation administrative de la gestion des enseignants.
  • Le pouvoir d’achat des enseignants s’est étiolé, ne bénéficiant d’aucun gain de points d’indice, contrairement au PPCR en France, ce qui est assez surprenant, car on imagine mal des grilles figées dans les années 1990 ou 2000.
  • De très fortes disparités sont nées des doubles carrières entre la France et Monaco : des collègues ont ainsi jusqu’à 130 points d’indice de différence entre leur carrière française et monégasque. Évidemment cela engendre une immense perte de pouvoir d’achat, le paiement des cotisations retraite françaises (11.1% du revenu) se basant sur cet indice supérieur. Ces doubles carrières présentent néanmoins le bilan terrible de ce qu’auraient pu être les carrières monégasques si elles avaient suivi logiquement les avancées françaises.
    • Pour terminer, une logique libérale s’est mise en place dans l’éducation monégasque, demandant toujours plus de travail aux enseignants et des horaires importants empiétant sur la vie personnelle. Mais dans cette logique, celui qui travaille toujours plus est récompensé par des évolutions de carrière, des augmentations de salaire… Or cela n’a pas été le cas et on peut dire que l’origine des mécontentements croissants du monde enseignant vient notamment de cette dégradation des conditions de travail accompagnée d’une perte salariale en regard du travail fourni.

    Le SEM a bien entendu déjà souligné ces divers points auprès de la DENJS mais les réponses obtenues n’ont pas été satisfaisantes, montrant au contraire des positions figées sur les anciennes grilles et anciens modes de fonctionnement qui justement réclament un dépoussiérage.

    Ainsi, la DENJS a toujours rétorqué en avançant la valeur du point d’indice supérieure et les primes touchées par les enseignants en Principauté comparativement à la France.

    Même s’il reconnaît la véracité de ces éléments, le SEM considère, en se basant du point de vue d’un enseignant monégasque habitant un pays à haut niveau de vie, que cet élément de langage ne fonctionne pas et au contraire démontre un manque de recul. Ainsi :

    • Comparer notre situation avec la France, qui reste l’un des membres de l’OCDE qui rémunère le moins ses enseignants nous paraît injustifié. La mise en place du PPCR a par ailleurs permis de réduire ces écarts et des évolutions salariales sont en cours en France. Il faut donc cesser de brandir des arguments qui en fin de compte sont de moins en moins opportuns et ne justifient pas de faire travailler plus les enseignants, de ne pas leur accorder de promotions ni d’évolution des grilles indiciaires.
    • La comparaison semble plus opportune avec des pays européens de niveau de vie équivalent (ex : Suisse, Luxembourg). Plus juste, elle démontre ainsi que la rémunération, certes honorable des enseignants à Monaco, est la plupart du temps inférieure à ces États qui proposent pour certains d’importants avantages pour conserver leurs enseignants.
    • Dans la Principauté, les enseignants monégasques, de niveau bac+5,  sont  manifestement désavantagés par rapport aux autres administrations monégasques avec des carrières lentes, des primes faibles ou inexistantes etc.

    Le SEM a donc demandé au gouvernement :

      • une synchronisation des grilles monégasques avec celles instaurées en France depuis 2017, ce qui permettrait plus de justice et une gestion administrative plus simple et saine
      • une augmentation de 30 points d’indice pour tous les personnels enseignants de Monaco afin de compenser le blocage de nombreuses carrières et les diverses pertes financières accumulées depuis 2017
      • un passage à la hors classe automatique au bout de 3 ans dans la plage d’appel de l’échelon 11 pour tous les enseignants concernés
      • une clarification des carrières avec la constitution de commissions paritaires examinant en aval les possibilités de promotion de chacun. Ces commissions auraient aussi pour mission d’étudier le plus rapidement possible tous les dossiers des personnels enseignants qui nécessiteraient une promotion accélérée
      • la possibilité de promotion par liste d’aptitude dans des corps différents comme l’agrégation monégasque.

    Toutes ces demandes sont justifiées par des années de recul salarial et des carrières, et nous souhaitons ainsi être entendus sur ces sujets le plus rapidement possible, dans une période en outre marquée par l’inflation et par la nécessité impérieuse de valoriser le métier d’enseignant.